Apprentissage des Arts Martiaux : Chevaucher le Dragon

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arnis kali dragon

Le processus d’apprentissage des Arts martiaux n’est certainement pas linéaire mais chaotique. Mon maitre de Ba Gua Zhang à Taiwan appelait cela « chevaucher le dragon ».

Chevaucher le dragon

En premier il nous faut trouver cet animal mythique, plutôt élusif. Ensuite encore faut-il pouvoir l’approcher lorsque la « chance » se présente. Vous voyez, même la chance se présente ou non; sans que, ni toi ni moi n’y puissions y faire que neni. Phrase chaotique qui me vient à ce moment sans autre raison que le fait d’être ici et maintenant. La linguistique nous donne la plupart des éléments dont nous avons besoin pour comprendre les arts martiaux; « Ce que parler veut dire » selon Bourdieu.

Mais revenons à nos dragons. D’aucun diront « revenons à nos moutons », car le mouton selon Desprojes est un animal beaucoup plus facile à chevaucher qu’un dragon. Certains choisirons donc de chevaucher le mouton plus que le dragon, ce qui malheureusement ou heureusement pour eux ne les amène pas aussi loin, ni dans des contrées trop sauvages. Chevaucher le mouton est l’assurance de « passer ces et ses grades » et de trouver sa place dans le petit monde des arts martiaux conventionnels et conventionnés. Sans se faire trop mal ni au corps, ni à la tete et encore moins à l’ègo. C’est aussi refuser la chance de peut-être contempler furtivement un oiseau de paradis ou du paradis, sortant des nuages de la voutes celeste qui enrobe Tai’Ann au lever du matin juste après un nouvel an chinois trop arrosé.

L’avantage avec le mouton, c’est qu’il reste là ou il est et surtout là où les autres moutons vont… Ce qui vous évite d’êtres seul et nous permet de tourner en rond, au même endroit,  afin de s’approprier ce magnifique enclos ou chacun peut devenir un expert et maitre … du lieu.

On y trouve notamment ces « maître à prétendre pratiquer les arts martiaux » qui passent leur grades devant des commissions afin de ne pas embarrasser des sensei qui ont besoin de leur contribution administrative. Dans l’enclos des moutons, on ne rate jamais une technique et les Uke voltige sans effort. La progression y est linéaire car elle se compte en nombre d’année, en nombre de stage, en nombre d’élèves et surtout en nombre de licence.

Le dragon lui, encore faut-il arriver à le chevaucher, est une promesse de voyage dans des lieux et des époques que seul l’imaginaire et l’Imagin’Art peuvent nous inviter à découvrir. On appelle cela une « Quest »!  Ca sonne toujours mieux en anglais. La quête du graal. « Perceval, le conte du Graal » est a lire absolument car ce texte fait partie des textes fondateurs des valeurs universelles des arts martiaux, au même titre que le « Go Rin No Sho » (Perceval » par Chrétien de Troyes).

…Mon ordinateur est pénible: lorsque je tente d’écrire le mot grave, … graal!!!!! « grâce », il me sort « grill », « grâce »,« grêle » ou même « grès » … Comme quoi.

Oui, le Dragon. Ca me rappel l’histoire du papi qui raconte la fois où il était dans la jungle en train de chasser le lion … avec un fusil à deux coups. Mais cela est une autre histoire.

Donc le dragon. Ce qui importe avec le dragon , c’est le fait qu’il soit mythique. Personne n’a jamais vu de dragon mais il fait partie de l’imaginaire de toutes les civilisation de la planète depuis les temps immémoriaux. L’ Image in heart du dragon est intimement liée au arts martiaux en raison des attributs de la bête. C’est un vecteur de remise en cause, une excuse pour apprendre, un leurre pour se sortir de l’habitude. Le dragon c’est refaire à chaque fois ce petit appas et pas en plus qui nous a un jour conduit devant la porte d’un dojo ou d’une salle de boxe. Changer de vêtement et entrer dans le monde des arts martiaux. Malheureusement, beaucoup s’endorment dans la confort de la pratique et s’installe dans la routine; chevauches le mouton.

Enfourcher le dragon, c’est faire ce petit pas de plus vers l’inconnu. C’est l’entame du voyage, ce fantastic voyage dont parle si bien David Bowie. C’est le pas de trop de Samwise Gamegee dans le seigneur des anneaux, qui s’arrête au moment de franchir le pas de plus qui le fait sortir du monde qu’il connait. C’est le debut de l’aventure, de la découverte et de la quête de l’art martial. C’est sortir du linéaire prévisible et accepter la découverte et la remise en cause sous les feux de l’incertitude du chaos.

L’apprentissage par le chaos est la voie royale des rats arts martiaux.

Le chaos nous renvoie à la creation de l’univers, et beaucoup plus récemment… excusez le raccourcit, à la creation de la vie sur terre. Sans chaos, il n’y aurait pas de vie telle que nous la connaissons sur notre « terre ». Sans une collision entre notre planète et son satellite la lune, l’axe de rotation de la terre ne serait pas décalé par rapport au soleil. Sans cet angle d’exposition, il n’y aurait pas de climats propices à la vie. Le chaos crée parfois des moments d’équilibre furtifs au niveau de l’univers et dans le microcosme de la vie de chaque être vivant. Pour l’instant d’un moment ou des instants de vie infimes.

C’est le déséquilibre qui crée le mouvement, pas la stabilité. C’est le chaos qui apporte le souffle de l’apprentissage, les conditions de la découverte. Chevaucher le dragon, c’est une remise en cause inconfortable systématique, l’habitude de pratiquer dans l’inconfort, L’habitude de se remettre en question en pratiquants avec des gens different, des arts martiaux différents dans les lieux différents. Chaque école pratique selon ses propres codes intégrés par tout les pratiquant de l’école. C’est ce qui permet de pratiquer sans danger, mais c’est une remise en cause très difficile pour un pratiquants avancé dans s approprie pratique. C’est comme enfiler un vêtement qui ne vous appartient pas, ou se retourner nu devant des incon-nus. C’est le ronin qui parcoure le japon médiévale en accumulant des expériences mais au prix de l’inconfort et de l’incertitude. Chevaucher le dragon c’est aussi accepter l’anonymat et préférer la pratique à «  l’entrainement ». C’est souvent préférer l’ombre à la lumière.

Apprendre les arts martiaux est une démarche déséquilibrée qui prends ses racines, soit dans nos frustrations, soit dans nos peurs, soit encore dans des représentations et des idéologies romantiques souvent très loin de ce que nous finissons par avouer.

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