Guerriers Magiciens aux Philippines [Partie 1]

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La majorité des systèmes traditionnels sont liés à un ou des systèmes de croyances mystiques ou magiques et nombre de grands maîtres sont réputés pour leur savoir ésotérique, leurs talents de guérisseur ou parfois leurs pouvoirs de sorciers. Dans cet amalgame culturel des Philippines, magie, fantastique et religion se confondent et servent le pouvoir des hommes et de l’ (ou des) esprit. Cette dimension est particulièrement importante lorsque vous étudiez avec des maîtres âgés et surtout aux Philippines, notamment dans les provinces.

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Mandirigma & Anting-Anting

Nombreux sont les mandirigma (guerriers) qui portent une amulette (anting-anting) pour se protéger ou utilisent la prière dans leur système (orasyon) pour vaincre sans avoir à combattre ou se protéger lors des combats. Cet aspect est une constante des arts martiaux et de la fonction du guerrier dans toutes les civilisations du monde. Les maîtres d’Arnis aux Philippines sont pour la majorité des personnes religieuses; qu’ils soient chrétiens ou musulmans ou même bouddhistes et taôiste lorsqu’ils sont d’origine chinoise. Il existe à ce propos une forte communauté chinoise aux philippines qui superpose souvent plusieurs systèmes de croyances.

Aux Philippines, de nombreuses et diverses influences religieuses et ésotériques se mêlent avec une grande facilité pour donner un cocktail unique de croyances mystiques et de superstitions. L’oeil de l’observateur averti pourra décrypter les influences judaïques, chrétiennes et islamiques, taoïstes ou animiste. La culture philippine est très propice au développement de ces croyances ce qui rend ces pratiques magiques encore plus efficaces. Ceci n’est pas fondamentalement différent des traditions guerrières d’autres régions du monde et de l’Europe en particulier. Le guerrier a toujours fait appel aux forces supra-naturelles pour l’aider dans son combat, que ce soit dans la culture celte, romaine ou la culture chrétienne médiévale. Aux Philippines aujourd’hui, des figures telles que Merlin l’enchanteur et le roi Arthur sont encore bien vivantes.

Magie aux Philippines : les Guerriers Magiciens

Il existe aux philippines, au moins quatre catégories fondamentales liées à l’utilisation de la magie et des pouvoirs de l’esprit : La voie du guerrier (manggugubat), la voie du guérisseur (mananambal), la voie du devin (mananag-an) et la voie du sorcier (mamamarang).

Dans cette perspective, l’art du combat n’est qu’une partie d’une «voie du guerrier» plus globale, elle-même inclue dans un savoir bien plus large et plus complet qui englobe le monde visible et invisible, l’homme et son environnement : Kinaadman.

L’Arnis peut aussi être une initiation qui ouvre les portes du monde invisible. Cet aspect est rarement enseigné avec des mots; Parfois transmis dans la pratique, dans la relation du maître à l’apprenti, dans les images et les sensations, dans les non-dit, au-delà des mots. Certains choisissent de ne développer que la partie physique de l’art alors que d’autres n’accordent d’importance qu’à la partie spirituelle. Je pense pour ma part que la voie du milieu est une bonne solution et qu’il convient d’équilibrer puis de renforcer l’une par l’autre dans une pratique qui unifie les dimensions et les transcende… Sans exagération et sans tomber dans du folklore « à deux balles ».

Voici quelques concepts qui font partie intégrante de la culture des arts martiaux philippins mais que nous retrouvons sous d’autres formes dans d’autres compartiments de la culture de ce pays et du sud-est asiatique d’une manière générale sous d’autres termes.

Anting Anting (habak)

Une amulette qui protège des dangers et rend son possesseur virtuellement indestructible. Il existe de très nombreuses légendes sur les pouvoirs des guerriers philippins. Cette amulette peut être une pierre, une bague, un pendentif. Elle est passée de génération en génération et doit être offerte à une autre personne digne de la recevoir, sans quoi elle perd ses pouvoirs. Le pouvoir d’un anting-anting est renforcé par la prière ou l’incantation (oracion) qui l’accompagne. Parfois, l’amulette agit sur l’adversaire en créant une confusion dans son esprit, jetant le trouble sur l’issue du combat.

Master Mena portait une bague avec le Bagua chinois, qui lui fut offerte et qui faisait office d’anting-anting. Grand Master Tatang Ilustrisimo avait pour sa part un anting-anting tatoué sur le torse. La majorité des maîtres ont une telle foi dans leur amulette qu’ils n’hésitent pas à affronter tous les dangers avec une confiance totale en leur invulnérabilité: Ça aide !

Oracion (pang-yamyam)

Il s’agit d’une prière dont le but est de protéger la personne pendant les voyages ou lors de combat. L’oracion écarte les esprits mauvais et les ennemis. Généralement celle-ci est en latin (héritage colonial espagnol) ou en arabe dans les regions musulmanes de Mindanao. Cependant son origine remonte bien avant l’introduction de la chrétienté ou l’islam. On utilisait alors une écriture aujourd’hui disparue « alibata »ou « babayn », dont l’origine est une forme dérivée du sanskrit. Cette prière est parfois tatouée sur le corps de l’Arnisadore. GM Mena utilisait la prière avec beaucoup d’efficacité, notamment pour soigner. Pour cela il se rendait auprès de la vierge noire de l’église de Quiapo à Manila.

Pour sa part, GM José Mena accordait une part importante à l’oracion, même si cela ne fait pas partie de l’enseignement du système Doblete Rapilon. Lors de nos séances d’étude, Master Mena a toujours accordé un moment, parfois beaucoup plus, pour raconter ces expériences « magiques », que ce soit en combat ou pour soigner. De nombreuses d’anecdotes rapportent les pouvoirs des héros révolutionnaires philippins ou la puissance mystique de certains maîtres. C’est un mélange d’expériences véridiques et d’association symbolique des héros populaires avec des figures mythiques du folklore philippin.

Gilas

C’est l’union du corps, de la pensée et de l’esprit. Ce concept est la clé de voûte de beaucoup d’art martiaux, et non pas seulement en raison d’influences réciproques mais parce que la nature de la survie revoit inévitablement à cette expérience. Nous pouvons apprendre des centaines de techniques, peaufiner notre art et nous entraîner mais à la fin on revient inexorablement à cet essentiel. Le moment de vérité ne requière que Gilas et mon maître de sourire en disant: «tout le reste c’est bull shit, de la frime».

Dakip-diwa (attraper un esprit)

Ce terme décrit l’état d’esprit du guerrier dans sa capacité à « être ici et maintenant », « être présent sans conscience ». C’est l’équivalent du concept de « zanshin » dans les arts martiaux japonais. Cet état de conscience permet une grande lucidité alliée à un détachement émotionnel. Cette condition psychologique se réalise dans le processus qui transforme peu à peu l’apprenti en guerrier, souvent à son insu.

Voici maintenant un peu de travail de recherche pour vous: Mandirigma, Juramentado, Maglarawan.
L’Agora ayant été détruite et à default de pouvoir consulter une bibliothèque qui nous donnerais accès à toutes les notions culturelles de l’Asie du Sud-est, il nous reste Internet… avec tout ce que cela entraîne de « F »: facilité, falsification, fallacieux, faux et « F..ing correct » parfois.

Le niveau moyen des pratiquants d’Arts martiaux peut être pour le moins « disparate » et comme tout le monde (et souvent n’importe qui) peut se permettre de dire n’importe quoi sur Internet sans en subir de consequences; Il convient donc de chercher, réfléchir, comparer et mettre les informations en regard des connaissances plus académiques que sont les ouvrages historiques et … l’enseignement orale de maitres veritable. Bon, là encore ça peut vite déraper :>).

Mais, en attendant, comme disait mon père et Kipling avant lui: « ceci est une autre histoire ».
A suivre

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