Guerriers Magiciens aux Philippines [Partie 2]

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Dans la première partie de l’article, nous évoquions la (les) dimension(s) magique(s) des Arts martiaux Philippins. Remarquez l’usage au choix du « singulier » ou du pluriel car il en découle deux éclairages différentes d’une même réalité; Deux cosmogonies mais pas nécessairement une dualité. Bon, là je m’exprime comme un poète de l’ovalie, notre cousin des arts de combats collectif, mais c’est une piste interjetante de réflexion.

Pourquoi cet intérêt pour le monde invisible et ce recours à une autre dimension pour se protéger contre des attaques bien réelles ?

Je pense pour ma part que c’est en grande partie parce que cet aspect du combat peut coûter la vie à celui qui justement, n’en tient pas compte. La différence entre la « victoire et la défaite » (concept sportif) est certainement très mince mais dans un combat, la limite entre la survie et la mort est infime. Le recours au(x) monde(s) invisible(s) et au monde indivisible, apporte indéniablement un décalage de réalité qui peut être utilisé pour créer cet avantage infime qui fer la différence.

 La limite entre la survie et la mort est infime.

Voici maintenant quelques raisons qui devraient nous encourager à ne pas ouvrir la porte à cet aspect du combat. Tout d’abord, la force de persuasion perd son effet face à un esprit fort. Par ailleurs, être ouvert à cette dimension  peut tourner à notre désavantage si nous nous laisser contrôler par «l’aura» de notre adversaire. Ne pas ouvrir la « boîte », c’est ce que Pandora aurait certainement dû faire, mais sans cette calamité, l’humanité n’aurait peut-être pas découvert l’espoir.

Face à une personne très cartésienne et peu émotive, les dimensions magiques ou spirituels perdent de leur puissance, mais sommes-nous toujours aussi cartésiens lorsque nous nous retrouvons face à face avec la possibilité de mort ? Si je fais toujours référence à cette extreme, c’est parce que la nature des arts philippins est la survie et le combat. Avec des armes, la nature du combat ne peut être autre, car même une attaque sans volonté première de tuer contient cette gravité potentielle.

Sommes-nous toujours aussi cartésiens lorsque nous nous retrouvons face à face avec la possibilité de mort ?

cimetière à Bacolod aux Philippines
Cimetière à Bacolod aux Philippines

Voici plusieurs bonnes raisons de prendre en compte les aspects ésotériques et spirituels d’un combat.

Observons dans le temps et l’espace : La force de l’esprit et ses effets sur autrui semblent un fait incontournable, presque indéniable, démontré par différentes approches du génie humain : religion, ésotérisme ou chamanisme, anthropologie, psychologie, psychiatrie et psychanalyse, biologie, médecine, physique… Et oui, je met toutes ces lectures du monde sur le même pied, et pourquoi pas?

Quelque soit l’origine de ces manifestations «non visibles» et leurs actions sur les autres, il est primordial au moins d’en tenir compte lorsque notre objectif consiste à renforcer nos chances de survie; même un tout petit peu.

La force des convictions donne une assurance et une confiance en soi qui pousse nos limites, balaie la peur et aiguise nos sens. Même si cette dimension n’existait pas, le simple fait d’y croire produit des effets positifs sur le combat : Confiance, assurance, courage, décalage de conscience, folie… La force de nos convictions, alliée à une attitude appropriée, peut «pétrifier» un adversaire qui doute et faire basculer l’emprise sur un combat.

La force des convictions donne une assurance et une confiance en soi qui pousse nos limites, balaie la peur et aiguise nos sens.

Dans un cadre social donné, la cohésion des croyances décuple les effets de celles-ci. Sans même cautionner l’aspect «magique», il est facile d’expérimenter l’emprise que peuvent produire certaines personnes grâce à leur présence, leur regard, leur voix ou leurs gestes. Ce langage du corps produit des effets d’autant plus forts et puissants qu’il s’agit d’un langage d’inconscient à inconscient ou la volonté du «moi» ne peut s’exercer.

D’autre part un peu de magie dans un monde parfois bien terne et insipide est une porte sur l’imaginaire. L’ouverture mentale et l’enrichissement culturel et humain que représente la prise en compte de cette dimension est à elle seule une bonne raison de rester ouvert et curieux sur la nature et les manifestations du non-visible. Plus la situation se rapproche de «vivre ou mourir», «tuer ou se faire tuer» et plus cette dimension spirituelle prendra de l’importance, en raison de la tension émotionnelle extrême et des conséquences de chaque détail.

Cimetière dans une grotte à Sagada Philippines
Cimetière dans une grotte à Sagada Philippines

Maintenant voulez-vous vraiment prendre le risque de simplement ignorer cette dimension? Pas moi.

L’art et les techniques magiques n’ont pas toutes le même degré d’efficacité. Il en est de la magie et de l’art du combat comme de la cuisine : tous les cuisiniers ne sont pas de grands chefs. Certains se contentent d’ouvrir une boîte de conserve alors que d’autre sont capables de transformer chaque plat en un délice du corps et de l’esprit. Derrière un « chef » il y a son maître, son initiateur et un long processus d’acquisition et de « prendre-avec soi ».

Toutes les traditions guerrières, sans aucune exception, comportent des techniques liées aux trois niveaux de la conscience, trois niveaux existentiels et trois aspects du combat :

Le CORPS : Son développement, son renforcement comme un outil pour utiliser des techniques et agir sur les choses.

La TECHNIQUE : Son apprentissage, sa maîtrise par le corps comme un moyen d’atteindre l’efficacité et de développer l’esprit. Agir sur soi puis sur son environnement.

L’ESPRIT : Son éveil, son remodelage et son utilisation pour transcender la technique et transformer les aptitudes du corps, la perfection de la technique et les effets sur son environnement, les autres et la société dans laquelle on vit. Agir sur soi-même et son devenir. Préparer la fin de sa vie, son héritage et l’inconnu.

Ces trois niveaux de la « voie du Guerrier » (pour les japonais) se renforcent l’un l’autre dans un cycle permanent. Ils s’inscrivent dans la dynamique d’une «alchimie» de la vie où la relation du maître à l’élève est résolument de nature initiatique. C’est simplement le niveau d’initiation qui diffère d’un maître à l’autre et le niveau de compréhension qui change d’un élève à l’autre.

N’est-il pas tout simplement captivant de vouloir toucher cette dimension magique du bout du doigt? N’est-ce pas dans la DNA de tout les arts martiaux et surtout dans l’imaginaire de tout les aspirants pratiquants que nous sommes?

Je pense que beaucoup d’entre nous ont envie de plonger, par curiosité au moins dans cette dimension, et pourquoi pas ?

Attentions cependant aux charlatans, ils se déguisent sous bien des formes. Attentions aussi aux vrais sorciers, il se déguisent certainement aussi.

Master Dani Faynot - Sagada 2010
Master Dani Faynot – Sagada 2010

L’initiation, elle ne réclame qu’un maitre, un élève, une quête.

« Qu’est ce qu’un guerrier de la lumière? » “Tu sais déjà cela” lui répondit-elle avec un sourire. “C’est quelqu’un capable de comprendre le miracle de la vie, capable de se battre pour défendre ce en quoi il croit – et capable d’entendre le sons des cloches que les vagues font sonner sur le fond de la mer ».

Extrait des “Guerriers de la lumière”, par Paulo Coelho

N’hésitez pas à laisser votre réflexions et commentaires ci-dessous. A très bientôt.

Master Dani FAYNOT

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